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Comment sauver nos vacances d’été à l’heure du déconfinement

Où irons-nous pour nos premiers corona-congés? Comment se passera cet été inédit? Si les questions sont encore nombreuses, Edouard Philippe l’a assuré: sauf catastrophe sanitaire majeure, nous pourrons “partir en vacances en juillet et en août”. Même les 27 millions de Français classés en zone rouge, même les Parisiens, chez qui le Covid-19 a été virulent, pourront aller à la plage, se promener à la montagne ou à la campagne. Les réservations pour le train et les hôtels sont désormais ouvertes et, début juin, les achats de billets d’avion pour les vols intérieurs pourront reprendre. Le Premier ministre a surtout donné des assurances aux professionnels du tourisme: les cafés et restaurants rouvriront à partir du 2 juin dans les zones vertes, du 22 juin dans les zones orange et un plan de soutien gigantesque de 18 milliards d’euros les aidera à redémarrer et, il l’espère, surmonter la catastrophe. Quant aux plages, elles sont pour la plupart redevenues accessibles depuis les premiers jours du déconfinement.

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A quoi ressemblera cet été d’un genre nouveau Si l’on sait déjà qu’il sera régi par beaucoup de précautions, et pas mal d’interdictions, tout n’est pas encore réglé. Seule certitude: il n’y aura pas de voyage par-delà les océans. Ni circuit dans les parcs américains, ni croisière dans la baie d’Along, pas plus que de safari-photo dans la savane sud-africaine. A priori, les frontières de Schengen devraient être bouclées à double tour, la majorité des vols long-courriers annulés et les rares passagers arrivant de l’extérieur soumis à une quarantaine.

L’Europe du Sud se prépare

En revanche, pour autant qu’il n’y ait pas de seconde vague du Covid-19, nous devrions avoir accès à nos destinations européennes préférées, notamment celles du pourtour méditerranéen. La Grèce permet l’accès à ses stations balnéaires depuis la mi-mai, l’Italie vient d’annoncer qu’à partir du 3 juin elle accueillera sans restrictions les touristes. Le Portugal fera de même, tandis que l’Espagne, qui rouvre progressivement ses cafés et restaurants, imposera jusqu’à fin juin une quarantaine aux visiteurs étrangers qui arrivent.

Car la saison estivale est loin d’être sauvée. Pour l’Europe, ou pour la France, première destination mondiale, qui l’an dernier a accueilli près de 90 millions de visiteurs étrangers… Après l’annulation des congés de Pâques à cause du confinement, après les restrictions aux déplacements à plus de 100 kilomètres à la ronde au moment des ponts de l’Ascension et de la Pentecôte, après la fermeture des cafés et restaurants depuis la mi-mars, le secteur du tourisme hexagonal est sinistré. Lui qui emploie près de deux millions de salariés et compte pour 8% de la création de richesse nationale (et même 30 % en Corse) pourrait perdre “jusqu’à 40 milliards d’euros cette année”, selon les calculs du gouvernement. Ainsi, Lourdes, deuxième ville hôtelière du pays après Paris, vit-elle un marasme, avec un pèlerinage marial interdit et une clientèle âgée cloîtrée chez elle.

“Le tourisme fait face à la pire épreuve de son histoire moderne”, a reconnu Edouard Philippe. Il va donc déployer les grands moyens pour sauver ce qu’il appelle un des “fleurons de l’économie française”, en finançant du chômage partiel à grande échelle, divers prêts et décalages de charges et de trésorerie, un plan d’investissements de 1,3 milliard d’euros. Autre bonne nouvelle, y compris pour les estivants: le gouvernement autorisera cet été le doublement, de 19 à 38 euros, du plafond d’utilisation des titres-restaurants. Ceux-ci pourront même être utilisés le week-end.

Conscient que “l’épidémie, évolutive, génère une montagne d’incertitudes”, Jean-Baptiste Lemoyne, secrétaire d’Etat au Tourisme, souhaite que “les Français puissent s’oxygéner et souffler un peu”. Bref, décompresser, tout en compensant une partie de l’absence des touristes européens, mais aussi chinois et américains, d’ordinaire si nombreux à partir du printemps.

“Esprit nature et découverte”

Rythmé par les règles de la “distanciation sociale”, le tourisme à la française va devoir se réinventer. Il n’y aura évidemment ni concerts, ni festivals, ni rencontres sportives. Tout a été annulé. Ce sera l’occasion pour les vacanciers de (re)découvrir les joies d’antan, comme la constitution d’un herbier, la cueillette de champignons dans les sous-bois ou la douce monotonie d’une balade le long d’un chemin de halage. Ce que Jean-Baptiste Lemoyne qualifie d'”esprit nature et découverte”. Il appelle de ses vœux la remise en service “progressive des petits sites, petits musées et petits monuments”. Les Vosges, l’Auvergne sont dans les starting-blocks. Les musées de l’image à Epinal, du vin à Bordeaux, du cinéma et de la miniature à Lyon ont repris leur activité. Le hashtag #cetétéjedécouvrelaFrance commence à décoller. Et les éditions Petit Futé, surfant sur l’interdiction des déplacements lointains, ont lancé le 14 mai une collection de dix guides pour voyager à 100 kilomètres autour des principales agglomérations.

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En 2020, nos vacances seront donc vraiment différentes: plus locales, plus contemplatives (les as du marketing parlent de “slow-tourisme”), plus durables aussi et plus familiales. Ethnologue, auteur de Paradis verts, désirs de campagne et passions résidentielles (Payot), Jean-Didier Urbain évoque “un été des retrouvailles avec ses proches, ses amis, où nous pourrons consolider des liens distendus lors du confinement, ou même les retisser, après ces semaines où nous avons dû nous contenter de partager des moments par écran interposé”.

Malgré les masques et le gel hydroalcoolique, malgré la menace d’un regain du virus, certains professionnels du tourisme, soucieux de revenir vite à la “nouvelle normalité”, réfléchissent au moyen de mettre un peu de glamour, de piquant, voire de luxe dans nos prochaines escapades. Ils ont imaginé des pauses premium, dans des châteaux privatisés, en montgolfière ou lors de somptueux séjours de méditation…

A l’instar de la France, l’Europe dans son ensemble réfléchit au casse-tête de la trêve estivale. La mise sous cloche du continent a fait des ravages jusque dans les endroits les plus paradisiaques. Eurodéputé espagnol, Juan Fernando Lopez Aguilar est resté deux mois coincé chez lui aux Canaries, “dont les recettes, pointe-t-il, dépendent pour 36% du tourisme”.

Plan Marshall à 255 milliards

Préoccupé par la déroute d’un secteur qui génère 12% du PIB de l’Union et emploie 27 millions de salariés, le commissaire européen au Tourisme Thierry Breton travaille à “un plan Marshall de 255 milliards d’euros”, tandis que ses services tentent d’élaborer des “règles d’accueil harmonisées”, même si chaque Etat membre déconfine à son rythme et à ses conditions…

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Les idées fusent sur tout le continent. Les hôtels portugais apposent un label “Clean & Safe” (propre et sûr) qui garantit le respect des mesures anti-coronavirus. Les chambres de commerce et d’industrie allemandes testent un système de réservation avec billet électronique obligatoire, y compris pour les restaurants. Gari Cappelli, ministre du Tourisme croate, propose d’instaurer des “corridors à touristes” pour permettre des séjours dans les régions où la situation sanitaire est sous contrôle. La Grèce, comme l’Autriche, milite, elle, pour la création de “passeports santé Covid-19”. Destination très prisée de nos riches voisins du nord de l’Europe, la France, elle, croise les doigts, se remémorant l’expression si populaire outre-Rhin: “Heureux comme Dieu en France.”

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