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l’histoire cachée d’Alice Guy-Blaché”, superbe documentaire sur la première réalisatrice de films au monde

Oubliée des histoires du cinéma, Alice Guy-Blaché est enfin réhabilitée comme pionnière du 7e art, en tant que réalisatrice, productrice et directrice de studio.

Un destin hors norme, tel est celui d’Alice Guy-Blaché (1873-1968), première scénariste et réalisatrice au monde à partir de 1896, en France, puis productrice et directrice de studio aux Etats-Unis. Totalement ignorée des histoires du cinéma pendant des lustres, elle eut toutes les peines du monde à publier ses mémoires (Denoël/Gonthier, 1976), avant de faire l’objet de rares biographies à partir des années 1990.

Il aura fallu attendre la réalisatrice Pamela B. Green pour qu’un documentaire américain remarquable consacre enfin cette pionnière française du cinéma, avec Be Natural : l’histoire cachée d’Alice Guy-Blaché. La patrie n’est décidément pas toujours reconnaissante.(embed)https://www.youtube.com/watch?v=rzkNGQmVAYo(/embed)

Rien ne destinait Alice Guy au cinéma. Après plusieurs allers et retours entre la France et le Chili, où son père tient une chaîne de libraires, elle s’installe à Paris à la mort de ce dernier. Devenue sténographe, Alice entre à 21 ans au service de Léon Gaumont, employé au Comptoir général de la photographie. Celui-ci rachète la maison mal gérée et garde Alice comme secrétaire. Ils assistent à la première représentation du Cinématographe Lumière en 1895, subjugués. Gaumont décide de créer l’un des premiers studios de cinéma, qui reste aujourd’hui encore majeur en France. Passionnée de photographie, Alice propose à son patron de réaliser des films, non plus sur le mode documentaire dominant de l’époque, mais en tournant des saynètes amusantes et mélodramatiques de son cru.

Elle devient ainsi en 1896 la première réalisatrice de films au monde, et une pionnière du cinéma de fiction, avec La Fée aux choux, une féérie où des baigneurs naissent dans un potager. Gaumont lui confie nombre de films, Alice se montrant très originale dans ses sujets et ses réalisations, en inventant au passage le gros plan. Elle réalise le premier péplum de l’histoire du cinéma, en relatant plusieurs épisodes de la vie du Christ, dont un chapitre réclame plus de 300 figurants, ce qui inspirera plus d’un cinéaste ! Puis elle filme le premier making-of où elle relate la réalisation d’un de ses films qui expérimentait un procédé sonore.

Photographie d’un film d’Alice Guy non identifié, extraite de “Be Natural : l’histoire cachée d’Alice Guy-Blaché” de Pamela B. Green. (Splendor Films)

Gaumont, détenteur d’un brevet du premier cinéma “parlant”, le chronophone, envoie aux Etats-Unis un de ses assistants, Herbert Blaché, tout juste marié à Alice qui l’accompagne, pour promouvoir l’appareil. C’est un fiasco. Elle décide alors de réaliser des films sur place et créé la Solax Film Co, dont elle est présidente et directrice de production. Le studio est alors le plus important des Etats-Unis avant la naissance d’Hollywood. Elle réalise des mélodrames, beaucoup de westerns, fait pour la première fois tourner des Afro-Américains, créant le scandale…

La vie d’Alice Guy est un roman qui, malheureusement, tournera mal. L’industrie du cinéma naissant est détenue par des hommes qui vont l’évincer, parmi lesquels son mari dont elle divorcera. Sa société ne résistera pas au bulldozer hollywoodien. De retour en France, elle sera tout autant ignorée par la profession, tout comme des historiens du cinéma. Des imposteurs iront jusqu’à s’approprier certaines de ses réalisations. Elles sont d’autant plus difficiles à identifier, et pour beaucoup perdues aujourd’hui. L’injustice que subit Alice Guy, une vieille histoire qui renvoie au sexisme dénoncé aujourd’hui dans le monde du cinéma depuis l’affaire Weinstein. Une réalité que met enfin au jour le très beau documentaire de Pamela B. Green. 

Alice-Guy Blaché (sous le parapluie) à son retour en France des Etats-Unis dans après 1914.
Alice-Guy Blaché (sous le parapluie) à son retour en France des Etats-Unis dans après 1914. (Copyright Splendor Films)

La réalisatrice mène son film comme une véritable enquête policière et généalogique, à la recherche des descendants de la famille Guy-Blaché fixée aux Etats-Unis. Elle découvre ainsi nombre de document inédits, rares et précieux. Dans une mise en images réellement cinématographique, et non pas télévisuelle, Pamela B. Green filme de nombreux intervenants, réalisateurs et réalisatrices, historiens et membres de la famille, alors que Jodie Foster assure le commentaire. 

La devise d’Alice Guy, “Be Natural” (“Soyez naturel”), ornait un grand panneau à l’entrée des studios de la Solax, à l’attention des acteurs. On aurait aimé que l’histoire fasse de même à son égard, en reconnaissant “naturellement” son rôle de pionnière, de femme entrepreneuse et novatrice. En sortant le jour de la réouverture des salles de cinéma, après le confinement en France, c’est une belle occasion de faire la fête au 7e art que d’aller voir Be Natural : l’histoire cachée d’Alice Guy-Blaché, qui réhabilite une des figures majeures du cinéma. Indispensable.

L'affiche de "Be Natural : l'histoire cachée d'Alice Guy-Blaché" de Pamela B. Green.
L’affiche de “Be Natural : l’histoire cachée d’Alice Guy-Blaché” de Pamela B. Green. (Splendor Films)

Genre : Documentaire
Réalisatrice : Pamela B. Green
Intervenants : Geena Davis, Evan Rachel Wood, Andy Samberg, Ben Kingsley, Cheryl Hines
Pays : Etats-Unis
Durée : 1h42
Sortie : 22 juin 2020
Distributeur : Splendor Films

Synopsis : Première femme réalisatrice, productrice et directrice de studio de l’histoire du cinéma, Alice Guy est le sujet d’un documentaire mené tambour battant telle une enquête visant à faire (re)connaître la cinéaste et son œuvre de par le monde.

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