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Maria de Medeiros mène le combat d’une femme libre en 1918

Le réalisateur et directeur de la photographie portugais Mario Barroso met la comédienne en lumière, dans un récit édifiant adapté d’une histoire vraie.

Directeur de la photographie, notamment pour Manoel de Oliveira sur les magnifiques Val Abraham ou Le Couvent, Mario Barroso signe sa deuxième réalisation avec L’Ordre moral, en salles mercredi 30 septembre. Il offre un rôle en or à Maria de Medeiros en femme rebelle contre la société patriarcale, au sortir de la Première Guerre mondiale dans la grande bourgeoisie lisboète.

A Lisbonne en 1918, Maria Adelaide Coelho da Cunha est propriétaire d’un grand quotidien sur lequel son mari adultère a des vues. Lasse, elle quitte le luxueux domicile conjugal pour s’enfuir avec un jeune homme de vingt ans son cadet, chauffeur de son état et proche de la mouvance anarchiste. Son époux rassemble un panel de médecins à sa botte pour la faire interner et la faire passer pour folle, jusqu’à ce qu’elle le poursuive aux assises…(embed)https://www.youtube.com/watch?v=2LanSsEJ5uk(/embed)Affaire judiciaire qui fit scandale en son temps au Portugal, cette histoire de mœurs imbrique lutte des classes et féminisme. Elle trouve un écho contemporain dans un film qui évoque le destin peu connu de Maria Adelaide Coelho da Cunha, riche héritière dont profite son époux. Son destin est emblématique de la cause féministe qui s’affirme à l’issue du premier conflit mondial.

Mario Barroso installe avec tact les enjeux de son intrigue en décrivant la haute bourgeoisie dans laquelle évoluent Maria Adelaide et son mari. Une évocation proustienne, servie par une mise en scène toute viscontienne (Senso, Le Guépard). Suffisance et mépris du prolétariat dominent une atmosphère fin de siècle, dont les protagonistes n’ont pas encore conscience. Elle se double d’une vision paternaliste de la femme sur le point de basculer, et dont l’héroïne va être une des chevilles ouvrières.

Le temps à l’œuvre est au cœur de L’Ordre moral. Son mari et les médecins rappellent constamment son âge à Maria Adelaide. Cet âge, quarante ans, jugé incompatible avec son amour pour un jeune homme, serait un symptôme de sa folie. Alors que les maîtresses jeunes de son mari valorisent, elles, l’image de l’époux. Autre élément à charge prouvant l’aliénation de Maria Adelaide, la différence de classe des deux amants, tout comme sa généalogie aux antécédents suspects…

Maria de Medeiros et Vera Moura dans “L’Ordre moral” de Mario Barroso. (Alfama Films)

Mario Barroso expose les prémices d’une nouvelle ère en marche. Un cas d’école, toujours d’actualité. Le réalisateur, qui signe également la splendide photographie du film, évite l’écueil d’une scène de procès qui alourdirait son propos, en optant pour une ellipse élégante. Maria de Medeiros retrouve enfin un premier rôle à sa hauteur, dans ce très beau et pertinent drame historique qui parle au présent.

L'affiche de "L'Ordre moral" de Mario Barroso.
L’affiche de “L’Ordre moral” de Mario Barroso. (ALFAMA FILMS)

Genre : Drame
Réalisateur : Mario Barroso
Acteurs :  Maria de Medeiros, Marcello Urgeghe, João Pedro Mamede, João Luiso Arrais, Albamo Jeronimo
Pays : Portugal
Durée : 1h41
Sortie : 30 septembre 2020
Distributeur : Alfama Films

Synopsis : En 1918, Maria Adelaide Coelho da Cunha, héritière et propriétaire du journal Diário de Notícias, abandonne le luxe social et culturel familial dans lequel elle vit, pour s’enfuir avec un insignifiant chauffeur de 22 ans plus jeune qu’elle. Les conséquences de cette décision vont être douloureuses et moralement dévastatrices.

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