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une vingtaine de femmes portent plainte pour harcèlement sur le réseau social Curiouscat

Toutes racontent avoir reçu, du jour au lendemain, des centaines de menaces et d’insultes. “Des gens mal intentionnés” qui se seraient “occupés à cyberharceler” pendant le confinement estime l’avocat des plaignantes.

Une enquête préliminaire a été ouverte à Lille, vendredi 29 mai, après la plainte d’une jeune femme pour cyberharcèlement et menaces de mort, a appris franceinfo de source proche du dossier, lundi 1er juin. Comme des dizaines d’autres femmes, elle dit avoir été harcelée sur la plateforme Curiouscat, un réseau social qui permet d’échanger des messages, y compris anonymes. Comme elle, une vingtaine d’autres femmes ont décidé de porter plainte, dont certaines ce lundi.

Les plaignantes viennent de Lille, Lyon, Marseille, Angers, Chartres, Avignon,Tours ou encore Béziers ainsi que de région parisienne. Toutes racontent avoir reçu, du jour au lendemain, des centaines de menaces et d’insultes. C’est le cas de Donya, la toute première destinataire de ces messages, début mai. Des menaces de mort, de viol, de séquestration reçues par centaines en quelques jours. La jeune femme de 25 ans, victime d’un viol quelques années plus tôt, a vu tous ses traumatismes ressurgir.

“J’avais des messages comme ‘tu n’as pas l’air d’avoir été traumatisée alors que quelqu’un t’a prise de force. Si on te viole à nouveau, ça ne te fera rien'”, raconte-t-elle à franceinfo. “J’ai eu une crise de stress post-traumatique très intense. Si j’avais été plus faible et plus jeune, je pense que je me serais suicidée.” Ce qui effraie surtout Donya, c’est la précision de ces communications qui semblent directement adressés à elle. “C’était vraiment du sadisme personnalisé pour ma part”, explique-t-elle. 

C’est aller fouiller dans ce que je partage sur les réseaux, c’est de la torture mentale, psychologique, pour moi c’est au même titre qu’une tentative de meurtre.Donyavictime présumée de cyberharcèlement

Si Donya a réussi à porter plainte, pour d’autres, ça n’a pas été possible. Louella est allée au commissariat de sa ville, en Bretagne. Elle recevait elle aussi des centaines de messages depuis plusieurs semaines. Mais les policiers ont refusé de prendre sa plainte. “On est allés au guichet, et pendant qu’on réexpliquait l’histoire, les femmes rigolaient entre elles”, assure-t-elle. “Elles ne nous prenaient pas trop au sérieux. Elles ont appelé deux policiers qui ont d’abord essayé de nous dissuader, en nous disant que c’était le risque des réseaux sociaux, qu’on n’était pas en réel danger, et que la plainte serait classée, raconte la jeune-femme. Ce sont des personnes qui sont censées nous protéger, et là je ne me sens pas protégée.”

Plusieurs victimes ont décidé de s’en remettre à l’avocat Eric Morain. En une semaine il a rassemblé une vingtaine de plaintes mais s’attend à en recevoir beaucoup d’autres. “Le confinement a multiplié les phénomènes de cyberharcèlement”, constate-t-il. Les gens mal intentionnés se sont ‘occupés’ à cyberharceler. Maintenant qu’on est dans une phase de sortie de ce confinement, on a aussi l’impression que policiers, gendarmes et justice ont d’autres priorités que celle-là, alors que justement c’est l’urgence, estime maître Morain. Ca vient ajouter à une certaine méconnaissance de ces mécanismes qu’on constatait avant le confinement et où on ne prend pas ça suffisamment au sérieux alors que ces phénomènes non seulement s’amplifient mais ont une incidence psychologique absolument terrible sur celles et ceux qui en sont les victimes.”

La semaine dernière la secrétaire d’Etat à l’Egalité entre les femmes et les hommes, Marlène Schiappa, a interpellé Curiouscat sur Twitter. La plateforme a promis, sans plus de détails, qu’elle était prête à coopérer avec la justice.

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